Le guérisseur conju-
reur : définition,
prières et actes de
conjuration
Qu'est-ce qu'un conjureur ? Comment
fonctionnent les prières et les actes de
conjuration transmis par les guérisseurs
de campagne ?
Les actes et prières reproduits
dans cette page sont présentés
dans leur version traditionnelle
d'origine afin de témoigner de la
richesse des savoirs populaires
transmis par les guérisseurs
conjureurs au fil des générations.
Ils relèvent du patrimoine culturel
et spirituel des traditions
populaires françaises.
Qu’est-ce qu’un
guérisseur conjureur
et comment conjure-
t-il ? à quoi
ressemblent les actes
ou les prières de
conjuration ?
Le
mot
«
conjureur
»
évoque
souvent
un
univers
mystérieux
fait
de
prières
anciennes,
de
secrets
transmis
au
sein
des
familles
et
de
savoirs
populaires
venus
du
fond
des
campagnes.
Pourtant,
derrière
les
légendes
et
les
idées
reçues
se
cache
une
pratique
bien
réelle
qui
accompagne
les
hommes
et
les
femmes
depuis des siècles.
Dans
de
nombreuses
régions
de
France,
il
existait
autrefois
des
personnes
vers
lesquelles
on
se
tournait
naturellement
lorsqu'une
situation
semblait
dépasser
les
moyens
habituels.
Ces
hommes
et
ces
femmes
étaient
appelés
selon
les
régions
guérisseurs,
barreurs,
panseurs,
leveurs
de maux ou encore conjureurs.
Leur
point
commun
était
l'utilisation
de
prières,
de
gestes
rituels,
de
symboles
ou
d'actes
de
conjuration
transmis
de
génération
en
génération.
Certaines
formules
étaient
publiques,
d'autres
demeuraient
jalousement
gardées
au
sein
des
familles
qui
en
avaient
reçu
la
transmission.
Bien
que
les
pratiques
varient
d'une
région
à
l'autre,
la
conjuration
repose
généralement
sur
l'idée
qu'une
parole,
une
prière
ou
un
rituel
précis
peut
être
utilisé
dans
un
but
particulier
selon
les
croyances et traditions populaires.
Dans
de
nombreuses
régions,
les
termes
guérisseuse,
conjureuse,
panseuse
ou
leveuse
de
maux
désignent
des
pratiques
très
proches
les
unes
des
autres.
Cet
héritage
fait
partie
intégrante
de
mon
savoir-faire
depuis
de
nombreuses
années.
J'avais
donc
envie
de
vous
faire
découvrir
ce
qu'est
réellement
la
conjuration,
comment
elle
est
traditionnellement
pratiquée
et
pourquoi
elle
continue
encore
aujourd'hui à susciter autant d’intérêt.
Pour conjurer, le guérisseur conjureur
utilise le plus souvent son pouce ou son
index, que ce soit devant la zone
concernée ou sur sa photo.
Les
objets
utilisés
par
les
guérisseurs
conjureurs :
Contrairement
à
ce
que
l'on
imagine
souvent,
la
conjuration
ne
repose
pas
uniquement
sur
les
prières.
Dans
de
nombreuses
campagnes
françaises,
les
guérisseurs
utilisaient
également
différents
objets
et
supports
auxquels
étaient associés des usages particuliers.
Selon
les
régions,
les
familles
et
les
lignées,
il
pouvait
s'agir
d'un
ruban
de
coton,
d'un
morceau
de
tissu,
d'une
pomme
de
terre,
d'un
clou
neuf,
d'une
allumette
ou
encore
d'une
branche
prélevée
sur
un
arbre
précis.
Ces
objets
n'étaient
généralement
pas
choisis
au
hasard.
Ils
s'inscrivaient
dans
un
ensemble
de
croyances,
de
correspondances
symboliques
et
de
traditions
transmises
de
génération
en
génération.
Beaucoup
de
guérisseurs
conjureurs
accordaient
également
une
grande
importance
au
moment
de
la
récolte
de
ces
matériaux.
Les
phases
de
la
lune,
les
changements
de
saison,
les
solstices
ou
les
équinoxes
occupent
encore
aujourd'hui
une
place
importante
dans
de
nombreuses
pratiques
populaires
liées à la nature.
Au-delà
de
l'objet
lui-même,
c'est
souvent
l'intention,
la
prière,
le
rituel
et
la
transmission
qui
lui
donnent
sa
place
dans l'acte de conjuration.
Les
pierres
dans
les
traditions
de
conjuration :
Les
pierres
occupent
également
une
place
particulière
dans
certaines
pratiques de guérisseurs.
Contrairement
à
la
lithothérapie
moderne
qui
met
souvent
en
avant
des
cristaux
connus
comme
l'améthyste,
le
quartz
ou
l'œil
de
tigre,
les
anciens
guérisseurs
s'intéressaient
fréquemment
à
des
pierres
beaucoup
plus
simples,
ramassées
au
hasard
d'une
promenade,
découvertes
dans
un
champ
ou
offertes
dans
des
circonstances
particulières.
La
forme
de
la
pierre,
l'endroit
où
elle
avait
été
trouvée
ou
encore
l'histoire
qui
l'accompagnait
pouvaient
parfois
avoir
davantage
d'importance
que
sa
nature
minéralogique elle-même.
Ces
pierres
étaient
ensuite
conservées
précieusement
ou
rendues
à
la
terre
à
l'occasion
d'un
rituel
particulier.
Cette
pratique
symbolisait
souvent
la
fin
d'un
travail
de
conjuration
et
le
retour
à
l'équilibre.
Mon autel de travail :
Comme
beaucoup
de
guérisseurs,
j'aime
disposer
d'un
espace
dédié
à
ma
pratique.
Sur
mon
bureau
se
trouve
un
petit
autel
qui
m'accompagne
depuis
de
nombreuses
années.
C'est
un
endroit
où
je
peux
me
recueillir,
me
concentrer
et
préparer
sereinement
mon
travail.
J'y
conserve
différents
objets
qui
ont
du
sens
pour
moi
:
des
pierres,
des
symboles,
des
souvenirs,
des
supports
de
prière
ou
encore
certains
‘’outils’’
de
conjuration
comme
la
croix
de
Saint
Benoît.
J'aime
particulièrement
faire
évoluer
cet
espace
au
fil
des
saisons
et
des
étapes
importantes
de
ma
vie.
Plus
qu'un
simple
élément
de
décoration,
il
constitue
pour
moi
un
lieu
de
recentrage
et
de
recueillement
qui
accompagne
mon
travail quotidien.
Pourquoi un
guérisseur conjure
t’il ?
Depuis
des
siècles,
la
conjuration
occupe
une
place
importante
dans
les
traditions
populaires.
Elle
repose
sur
l'utilisation
de
prières,
de
gestes
et
de
rituels
transmis
de
génération
en
génération
au
sein
de
nombreuses familles de guérisseurs.
Chaque
région,
chaque
famille
et
parfois
même
chaque
guérisseur
posséde
ses
propres
méthodes.
Certaines
sont
destinées
aux
brûlures,
d'autres
aux
verrues,
à
la
protection
ou
à
diverses
situations de la vie quotidienne.
Ce
qui
me
passionne
dans
la
conjuration,
ce
n'est
pas
seulement
la
prière
elle-
même,
mais
tout
l'héritage
culturel
qui
l'accompagne.
Derrière
chaque
formule
se
cache
souvent
une
histoire,
une
transmission
et
souvent
plusieurs
générations
de
guérisseurs
(ou
non)
ayant contribué à préserver ces savoirs.
Les
prières
de
conjuration
continuent
aujourd'hui
à
susciter
la
curiosité
et
à
faire
partie
du
patrimoine
vivant
de
nombreuses campagnes françaises.
Au
fil
de
mes
rencontres,
j'ai
découvert
une
grande
diversité
de
pratiques
de
conjuration.
Certaines
sont
très
simples
et
utilisent
uniquement
une
prière.
D'autres
font
appel
à
des
objet
ou
des
rituels
plus
élaborés.
Toutes
ne
correspondent
pas
à
ma
sensibilité
ni
à
ma
façon
de
pratiquer,
mais
elles
témoignent
de
la
richesse
des
traditions
populaires
transmises
au
fil
des
générations.
Les saints, les
prières, et l’acte de
conjuration
Lorsque
l'on
parcourt
les
anciens
recueils
de
prières
de
guérisseurs
ou
les
carnets
transmis
dans
certaines
familles,
un
élément
revient
constamment,
l’intercession des saints guérisseurs.
Pendant
des
siècles,
les
guérisseurs
conjureurs
ont
puisé
dans
la
tradition
chrétienne
une
grande
partie
de
leurs
formules.
Chaque
saint
était
traditionnellement
associé
à
une
protection,
une
situation
ou
un
domaine
particulier.
C'est
ainsi
que
l'on
retrouve
très
souvent
Sainte
Agathe,
Sainte
Apolline,
Saint
Blaise,
Saint
Clair
ou
encore
Saint
Roch
dans
les
prières
de
conjuration
transmises
dans
les
campagnes
françaises,
il
en
existe
des
centaines :-)
Certaines
de
ces
prières
étaient
récitées
à
voix
basse,
d'autres
étaient
accompagnées
d'un
signe
de
croix,
d'un
souffle,
d'un
geste
particulier
ou
de
l'utilisation
d'un
objet
symbolique.
Il
existait
parfois
plusieurs
versions
d'une
même
formule
selon
les
régions
ou
les
lignées de guérisseurs.
Les
prières
destinées
aux
verrues
comptent
parmi
les
plus
répandues.
Elles
sont
souvent
associées
aux
cycles
de
la
lune,
en
particulier
à
la
lune
décroissante.
D'autres
formules
invoquent
Sainte
Agathe
pour
demander
sa
protection,
Sainte
Apolline
dans
les
traditions
liées
aux
douleurs
dentaires
ou
encore
Saint
Clair
dans
certaines
prières consacrées aux yeux.
Ces
textes
racontent
à
leur
manière
une
part
de
l'histoire
de
nos
campagnes.
Derrière
chaque
formule
se
cachent
des
générations
de
femmes
et
d'hommes
qui
ont
transmis
ces
paroles,
parfois
secrètement, jusqu'à nous.
Aujourd'hui
encore,
ces
prières
continuent
d'éveiller
la
curiosité
et
constituent
un
témoignage
inestimable
du
patrimoine
spirituel
et
populaire
français.
Parce
que
j'aime
profondément
ce
métier
et
les
traditions
qui
l'entourent,
j'ai
choisi
de
consacrer
une
partie
de
mon
travail
d'écriture
à
la
transmission
de
ces
savoirs
afin
qu'ils
puissent
continuer
à
vivre
et
à
être
découverts
par
les
générations
futures
(voir mes livres en boutique).
Que nous
apprennent ces
anciennes prières
de conjuration ?
Lorsqu'on
découvre
pour
la
première
fois
les
prières
utilisées
par
les
guérisseurs
conjureurs,
certains
détails
peuvent
surprendre.
Pourquoi
retrouve-
t-on
si
souvent
des
signes
de
croix
?
Pourquoi
faut-il
parfois
souffler
trois
fois
?
Pourquoi
certains
gestes
reviennent-ils
d'une formule à l'autre ?
En
réalité,
ces
prières
constituent
de
véritables
témoignages
de
l'histoire
des
campagnes
françaises.
Beaucoup
d'entre
elles
ont
été
transmises
oralement
pendant
plusieurs
siècles
avant
d'être
recueillies
par
des
folkloristes,
des
prêtres
ou
des
ethnologues
à
partir
du
XIXe siècle.
On
y
retrouve
un
mélange
de
traditions
chrétiennes,
de
croyances
populaires
et
d'anciens
usages
ruraux.
Certaines
formules
font
intervenir
des
saints,
d'autres
utilisent
des
symboles,
des
nombres
ou
des
gestes
dont
l'origine
se
perd parfois dans la nuit des temps.
Le
chiffre
trois,
par
exemple,
est
omniprésent.
On
souffle
trois
fois,
on
répète
certaines
paroles
trois
fois
ou
l'on
effectue
trois
signes
de
croix.
Pour
les
historiens,
cette
présence
du
chiffre
trois
témoigne
à
la
fois
de
l'influence
chrétienne
de
la
Sainte
Trinité
et
de
traditions
beaucoup
plus
anciennes
où
certains
nombres
étaient
considérés
comme
porteurs
d'une
forte
valeur
symbolique.
Les
gestes
occupent
également
une
place
essentielle.
Signer
une
partie
du
corps
avec
l'index,
souffler
sur
une
zone
précise,
tracer
une
croix
ou
tenir
un
objet
particulier
sont
des
éléments
que
l'on
retrouve
dans
de
très
nombreuses
régions
françaises.
Bien
souvent,
le
geste
(comme
le
signe
de
croix)
est
considéré
comme
aussi
important
que
la parole elle-même.
Un
autre
aspect
particulièrement
intéressant
est
la
façon
dont
les
anciens
décrivaient
les
maux.
Dans
beaucoup
de
formules,
ceux-ci
sont
personnifiés,
on
leur
parle
directement,
on
leur
donne
des
ordres
ou
on
leur
demande
de
partir.
Cette
façon
de
s'adresser
au
mal
se
retrouve
dans
de
nombreuses
cultures
à
travers
le
monde
et
constitue
l'un
des
grands
thèmes
des
traditions
de
conjuration.
Ces
textes
nous
permettent
également
de
mieux
comprendre
la
vie
quotidienne
de
nos
ancêtres.
À
une
époque
où
les
médecins
étaient
parfois
éloignés
de
plusieurs
dizaines
de
kilomètres,
les
familles
conservaient
précieusement
ces
prières
dans
un
tiroir,
un
missel
ou
un
carnet
transmis
de
génération
en
génération.
Au-delà
de
leur
dimension
spirituelle,
ces
formules
constituent
aujourd'hui
un
patrimoine
populaire
remarquable
qui
témoigne
de
plusieurs
siècles
d'histoire
rurale française.
La conjuration par
les billets et les
symboles
Parmi
les
nombreuses
formes
de
conjuration
qui
existent,
certaines
reposent
sur
l'utilisation
de
symboles,
de
dessins,
de
lettres
ou
de
billets
rédigés
selon des rituels bien précis.
Ces
pratiques
comptent
parmi
les
plus
discrètes
et
les
plus
méconnues
du
grand
public.
Elles
étaient
autrefois
transmises
avec
beaucoup
de
précautions,
souvent
d'un
guérisseur
à
son
successeur
ou
au
sein d'une même famille.
J'ai
eu
la
chance
d'être
initiée
à
certaines
de
ces
méthodes
il
y
a
de
nombreuses
années.
Elles
font
partie
de
ces
savoirs
anciens
qui
continuent
de
me
m’étonner
par
leur
richesse,
leur
symbolique
et
l'histoire qu'ils portent en eux.
Aujourd'hui
encore,
ces
pratiques
occupent
une
place
particulière
dans
l'univers
des
guérisseurs
conjureurs,
même
si
elles
sont
devenues
beaucoup
plus rares qu'autrefois.
Exemples d'actes et
de prières de
conjuration
Certaines
formules
de
conjuration
sont
connues
dans
toute
la
France,
tandis
que
d'autres
demeurent
vraiment
propres
à
une
région,
une
famille
ou
une
lignée
particulière.
Je
vous
partage
ci-dessous
quelques
exemples
de
prières
traditionnelles
parmi
les
plus
répandues.
Elles
sont
présentées
à
titre
culturel
et
documentaire
afin
de
mieux
comprendre
la
richesse
des
savoirs
populaires
transmis au fil des générations.
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux
douleurs menstruelles
Cette
ancienne
formule
fait
partie
des
nombreuses
prières
populaires
consacrées
aux
troubles
féminins.
On
retrouve
des
variantes
proches
dans
plusieurs
régions
françaises,
notamment
en
Normandie,
en
Vendée
et
dans
certaines
campagnes
de
l'Ouest.
La
présence
de
Saint
Blaise
peut
surprendre
aujourd'hui.
Connu
principalement
pour
les
bénédictions
de
la
gorge
dans
la
tradition
chrétienne,
son
nom
apparaît
pourtant
dans
plusieurs
formules
populaires
destinées
à
des
situations
très
différentes.
Les
références
aux
«
trois
Femmes
»
présentes
dans
cette
prière
intriguent
encore
les
historiens
du
folklore,
certains
y
voyant
une
allusion
aux
Saintes Femmes de l'Évangile.
En signant le ventre dire :
Saint Blaise †,
Je
te
commande
de
faire
descendre
la
matrice †,
Et le ventre du ventre de (prénom) †,
Au Nom des trois Femmes †,
Au Nom de la Sainte Trinité †,
Qu'il en soit ainsi !
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux
blessures
Les
prières
faisant
référence
au
feu
et
à
l'eau
sont
extrêmement
répandues.
Ces
deux
éléments
occupent
une
place
importante
où
ils
symbolisent
souvent
des
forces
opposées
et
complémentaires.
Cette
formule
illustre
parfaitement
la
simplicité
de
nombreuses
prières
de
campagne
transmises de génération en génération.
En signant la plaie dire :
Je
panse
ta
blessure
par
la
Sainte
Trinité
†,
Qu'ils t'emportent le feu et l'eau †,
Au
Nom
du
Père
†,
et
du
Fils
†,
et
du
Saint-Esprit †,
Qu'il en soit ainsi !
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux
douleurs dentaires
La
prière
à
Sainte
Apolline
est
probablement
l'une
des
plus
célèbres
de
tout
le
patrimoine
des
guérisseurs
conjureurs.
Sainte
Apolline
fut
martyrisée
à
Alexandrie
au
IIIe
siècle.
Selon
la
tradition
chrétienne,
ses
bourreaux
lui
auraient
arraché
les
dents
avant
sa
mort.
Des
versions
très
proches
de
celle-ci
ont
été
collectées
dans
plusieurs
régions
françaises
dès
le
XIXe
siècle.
Soufflez
par
trois
fois
en
forme
de
croix
sur
le côté concerné puis dire :
Sainte Apolline,
Belle et divine,
Était assise au pied d'un arbre,
Sur la blanche pierre de marbre.
Jésus, notre Sauveur,
Là passant par bonheur,
Lui dit :
— Apolline qui donc te chagrine ?
— Je suis ici, Maître Divin,
Pour douleur, et non pour chagrin :
J'y suis pour mon chef, pour mon sang
Et pour mon mal de dent.
Jésus lui dit :
— Apolline a la foi :
Sur ma parole, ô mail, détourne-toi !
Si c'est goutte de sang, elle séchera ;
Si c'est un ver, aussitôt il mourra.
Dire
cinq
Pater
et
cinq
Ave
en
l'honneur
des
cinq plaies du Sauveur.
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux
maladies infantiles
Avant
les
progrès
de
la
médecine
moderne,
les
maladies
infantiles
représentaient
une
source
d'inquiétude
permanente
pour
les
familles.
Rougeole,
varicelle
et
autres
maladies
contagieuses
faisaient
partie
du
quotidien
des
campagnes.
De
nombreuses
prières
populaires
étaient
alors
transmises
entre
générations.
La
Vierge
Marie
y
occupe
souvent
une
place
centrale,
symbole
de
protection et de réconfort.
En
soufflant
sur
la
base
de
la
nuque
de
l'enfant dire :
Ô glorieuse Vierge Marie †
À qui Dieu a donné la puissance
D'éteindre
le
feu
contagieux
de
ce
petit
enfant
Dieu commande à la (nom de la maladie)
De sortir du corps de (nom de l'enfant)
Ainsi soit-il †
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux vers
Aujourd'hui
cette
formule
de
conjuration
peut
sembler
étonnante.
Pourtant,
les
parasites
intestinaux
étaient
extrêmement
fréquents
dans
les
campagnes
jusqu'au
début
du
XXe
siècle.
Comme
dans
beaucoup
de
prières
de
conjuration,
le
mal
est
personnifié.
On
lui
parle
directement,
on
lui
donne
un
ordre
et
on
le
contraint
symboliquement
à
partir.
En signant le ventre avec l'index dire :
† Vers, vers, vers,
Grand vers,
Petit vers †,
Je te conjure †
Au Nom du Grand Dieu Tout-Puissant †
Et te fais prisonnier jusqu'à ta mort †.
Formule traditionnelle de protection
Les
prières
de
protection
comptent
parmi
les
plus
anciennes
traditions
de
conjuration.
Contrairement
à
d'autres
formules
associées
à
une
situation
particulière,
elles
étaient
utilisées
dans
de
nombreux
contextes
de
la
vie
quotidienne.
On
en
retrouve
d'ailleurs
des
centaines
de
variantes
à
travers
toute l'Europe.
En se signant, dire trois fois :
Je vous adjure †,
Par le Dieu Tout-Puissant †
Par son Fils, Jésus-Christ †
Et par le Saint-Esprit †
De cesser de me nuire †
Et
que
par
cette
invocation
toute
puissante †
Il
vous
soit
enlevé
toute
force
et
pouvoir
de nuire †
Qu'il en soit ainsi †
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux yeux
Saint
Clair
est
l'une
des
figures
les
plus
présentes
dans
les
traditions
populaires
consacrées
aux
yeux.
Son
nom,
qui
évoque
naturellement
la
clarté
et
la
vue,
a
contribué
à
sa
popularité
dans
de
nombreuses
régions
françaises.
Les
termes
«
maille
»,
«
grief
»,
«
graine
»
ou
«
araignée
»
que
l'on
retrouve
dans
cette
formule
désignaient
autrefois
différentes
affections
ou
irritations
de
l'œil.
En
plaçant
chaque
index
et
majeur
sur
les
paupières fermées dire :
Maille,
Feu,
Grief,
Graine ou araignée
Saint Clair t'ordonne
De n'avoir plus aucun pouvoir sur cet œil.
Qu'il en soit ainsi !
Formule de conjuration
traditionnellement associée aux
troubles digestifs
Cette
formule
est
particulièrement
intéressante
car
elle
témoigne
de
la
manière
dont
les
anciens
percevaient
le
corps
humain.
Les
références
au
foie,
à
la
rate,
aux
reins
ou
aux
poumons
illustrent
ce
que
les
ethnologues
appellent
parfois
une
anatomie
populaire,
transmise
par
l'expérience
et
les
croyances
de
l'époque.
Des
variantes
proches
de
cette
prière
ont
été
recueillies
dans
plusieurs
provinces françaises.
En signant le ventre avec l'index dire :
Par Sainte Marie †
Qui daigna toujours secourir les affligés,
Coliques passion
Qui es entre ton foie et ton ventre,
Entre ta rate et tes poumons ;
Entre ton fiel et tes reins
Et vous aussi, sécheresse des entrailles
Arrêtez
Cessez
Au
Nom
du
Grand
Dieu,
(nom
de
la
personne) tu es guéri +
Amen †
Acte et formule de conjuration
traditionnellement associés à l'épilepsie
Les
billets
de
conjuration
occupent
une
place
particulière
dans
l'univers
des
guérisseurs.
On
retrouve
dans
de
nombreux
manuscrits
anciens
des
lettres,
des
symboles
ou
des
mots
mystérieux
dont
l'origine
exacte
reste
parfois
difficile
à
déterminer.
Certains
chercheurs
y
voient
l'influence
de
traditions
religieuses
anciennes,
de
symboles
sacrés
ou
de
pratiques
transmises au fil des siècles.
Écrire sur un morceau de papier :
I
NIR
I
Puis faire le signe de croix en récitant :
« Dieu te bénisse,
Dieu te guérisse
En ce monde et dans l'éternité.
Au
Nom
du
Père
et
du
Fils
et
du
Saint-
Esprit »
Puis réciter cinq Pater et cinq Ave.
Acte et formule de conjuration
traditionnellement associés aux
coliques
Les
douleurs
abdominales
occupent
une
place
importante
dans
les
anciens
recueils
de
conjuration.
Les
campagnes
connaissaient
autrefois
de
nombreuses
formules
destinées
à
ce
que
l'on
appelait
les
«
coliques-passions
»,
une
expression
fréquemment
rencontrée
dans
les
manuscrits
de
guérisseurs
du
XVIIIe
et
du XIXe siècle.
Placer
le
majeur
de
la
main
droite
sur
la
douleur puis réciter :
« Marie, qui êtes Marie,
Ô colique-passion,
Qui êtes entre mon foie et mon cœur,
Entre ma rate et mon poumon,
Arrête !
Au
Nom
du
Père,
du
Fils
et
du
Saint-
Esprit,
(...Nom de la personne),
Dieu t'a guéri.
Amen ! »
Acte de conjuration traditionnellement
associé au mal de gorge
Les
gestes
occupent
souvent
une
place
aussi
importante
que
les
paroles
dans
les
traditions
de
conjuration.
Certains
actes
ne
comportaient
aucune
prière
particulière
et
reposaient
uniquement
sur
la
répétition
d'un
geste
transmis
par
les
anciens.
Cette
transmission
gestuelle
était
particulièrement
fréquente
dans
les
campagnes
où
les
savoirs
se
transmettaient
oralement,
cette
méthode n’a plus court aujourd’hui.
D'une
main,
prendre
une
mèche
de
cheveux
au
sommet
de
la
tête
de
la
personne
concernée
en
posant
l'autre
paume
à
plat
à
côté,
puis
tirer
plusieurs
fois
sur
la
mèche
d'un mouvement rapide sans faire mal.
Acte de conjuration traditionnellement
associé aux crampes
La
croix
est
sans
doute
le
symbole
le
plus
utilisé
dans
les
traditions
de
conjuration
françaises.
On
la
retrouve
dans
d'innombrables
gestes
rituels,
bénédictions
et
actes
transmis
par
les
guérisseurs
traditionnels.
Sa
simplicité
explique
probablement
sa
présence
dans
de nombreuses situations.
Tracer
une
croix
sur
la
partie
concernée
ou
sur la chaussure gauche.
Découvrir les différentes situations
pour lesquelles les personnes font
traditionnellement appel à un
guérisseur conjureur.
Conclusion
À
travers
les
prières,
les
gestes,
les
symboles
et
les
actes
de
conjuration,
c'est
tout
un
pan
de
l'histoire
populaire
française qui se dévoile.
Longtemps
transmis
de
manière
orale,
souvent
au
sein
d'une
même
famille
ou
d'une
même
lignée,
ces
savoirs
ont
traversé
les
siècles
grâce
à
des
femmes
et
des
hommes
qui
ont
pris
soin
de
préserver
cet
héritage.
Certaines
formules
sont
aujourd'hui
presque
oubliées,
tandis
que
d'autres
continuent
encore
à
être
transmises
et
pratiquées
dans certaines régions
.
Ce
qui
me
touche
particulièrement
dans
l'univers
des
guérisseurs
conjureurs,
ce
n'est
pas
seulement
la
dimension
spirituelle
de
ces
traditions,
mais
aussi
la
richesse
humaine
qu'elles
portent.
Derrière
chaque
prière
se
cache
une
histoire,
une
transmission,
une
famille,
un village ou parfois toute une région.
Je
considère
ces
connaissances
comme
un
héritage
qu'il
convient
d'aborder
avec
respect et humilité.
J'espère
que
cet
article
vous
aura
permis
de
mieux
comprendre
ce
qu'est
un
guérisseur
conjureur,
de
découvrir
l'origine
de
certaines
prières
traditionnelles
et
d'entrevoir
la
richesse
culturelle
de
ces
pratiques
qui
font
partie de l'histoire de nos campagnes !
Formule de
conjuration
traditionnelle
ment utilisée
pour les verrues
Parmi les prières de conjuration les
plus répandues dans les
campagnes françaises, celles
destinées aux verrues figurent sans
doute parmi les plus connues. Elles
ont été transmises de génération
en génération et il existe
aujourd'hui de très nombreuses
variantes selon les régions et les
familles.
La formule ci-dessous est l'une de
celles que l'on retrouve
fréquemment dans les traditions
populaires :
Lune décroissante
Lune décroissante
Lune décroissante
A mesure que tu décrois,
Fais que la verrue décroisse.
Cette formule est reproduite à
titre historique et documentaire
afin d'illustrer les pratiques de
conjuration transmises dans les
traditions populaires.
Formule de
conjuration
traditionnelle
ment associée à
Sainte Agathe
Sainte
Agathe
est
une
figure
que
l'on
retrouve
fréquemment
dans
les
traditions
populaires
de
conjuration.
Au
fil
des
siècles,
de
nombreuses
prières
lui
ont
été
adressées,
notamment
par
les
femmes
qui
recherchaient
sa
protection et son intercession.
La
formule
ci-dessous
est
présentée
à
titre
historique
et
documentaire
afin
d'illustrer
les
prières
transmises
dans
certaines
familles de guérisseurs :
Ô Sainte Agathe †
Vous vainquez les démons,
Vous
délivrez
des
tremblements
de
terre,
Vous guérissez des flux de sang,
Vous éteignez les incendies
Et
votre
intercession
est
puissante
contre tout mal.
Ô Sainte Agathe †
Les femmes qui vous implorent
Pour leurs maux de seins,
Vous
honorent
comme
leur
médecin
Car vous les leur faites disparaître.
Ainsi soit-il †
Cette
prière
est
reproduite
dans
son
texte
traditionnel
d'origine.
Elle
relève
du
patrimoine
populaire
et
spirituel
transmis
par
les
guérisseurs
et
ne
remplace
en
aucun
cas
un
avis
médical,
un
diagnostic ou un traitement. †